L’histoire du cercueil en carton : de 1998 à aujourd’hui

Le cercueil en carton, aujourd’hui présent dans le catalogue de nombreuses pompes funèbres, est le fruit d’une histoire réglementaire longue et parfois conflictuelle. De la première homologation en 1998 à la réforme de 2018, en passant par les résistances du secteur traditionnel, voici comment ce produit s’est progressivement installé sur le marché funéraire français.

1998-1999 : les premiers textes d’homologation

Tout commence avec l’arrêté du 12 mai 1998 portant agrément d’un matériau pour la fabrication de cercueils, qui homologue pour la première fois le matériau complexe en carton recyclé sur le fondement de l’article R. 2213-25 du Code général des collectivités territoriales. Cet article autorisait déjà, avant même cette date, l’usage d’un matériau autre que le bois, à condition qu’il soit agréé par le ministre chargé de la santé après avis du Conseil supérieur d’hygiène publique de France (devenu depuis l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, l’Anses). Un second texte, l’arrêté du 4 janvier 1999, vient préciser les caractéristiques de fabrication du matériau : grammage, composition des fibres, type de colle.

Le développement commercial du produit doit beaucoup à des initiatives individuelles : plusieurs sources évoquent le rôle pionnier de Georges Braissant, qui a mis au point un premier cercueil en cellulose au début des années 1990, avant que cette innovation ne soit homologuée par le ministère de la Santé en 1998.

Les années 2000-2010 : une diffusion lente

Malgré l’homologation, le cercueil en carton met du temps à s’imposer sur le marché funéraire français. Les pompes funèbres, pour des raisons commerciales autant que par méconnaissance du produit, ne le proposent que rarement dans leur catalogue. Plusieurs arrêtés viennent compléter le cadre réglementaire au fil de la décennie, notamment ceux du 2 mai 2011 et du 30 janvier 2015, concernant des matériaux combinant cellulose et bois.

2016 : la confirmation de l’usage en crémation

L’année 2016 marque une étape importante avec la publication de la norme AFNOR NF D80-001, qui définit les spécifications de performance permettant de contrôler l’aptitude à l’usage d’un cercueil, et un décret confortant l’usage du cercueil en carton pour la crémation. Selon plusieurs fédérations professionnelles et fabricants, cette évolution a permis de conforter, en principe, l’obligation pour les crématoriums d’accepter ce type de cercueil dès lors qu’il est certifié conforme. Dans les faits, certains exploitants sont restés réticents pour des raisons techniques propres à leurs installations.

2018-2021 : la réforme du régime des agréments

Le cadre réglementaire connaît une transformation profonde avec le décret n° 2018-966 du 8 novembre 2018, qui modifie l’article R. 2213-25 du Code général des collectivités territoriales. Désormais, ce n’est plus le matériau qui doit être agréé par le ministère, mais chaque cercueil, quel que soit son matériau, qui doit répondre à des caractéristiques techniques précises de résistance, d’étanchéité, de biodégradabilité ou de combustibilité, attestées par un organisme accrédité. Les anciens agréments restent valables jusqu’au 1er juillet 2021, date à laquelle le nouveau régime devient pleinement applicable. Cette réforme place, sur le plan réglementaire, le cercueil en carton sur un pied d’égalité formelle avec le cercueil en bois.

Aujourd’hui : un marché en développement, mais encore minoritaire

En 2026, le cercueil en carton reste un marché de niche par rapport au cercueil en bois, qui demeure largement majoritaire en France. Plusieurs fabricants français se sont toutefois spécialisés sur ce créneau, et la demande progresse, portée notamment par des motivations écologiques et budgétaires. La réflexion sur de nouveaux modes de sépulture (humusation, aquamation) se poursuit par ailleurs au sein du Conseil national des opérations funéraires, signe que le secteur funéraire continue d’évoluer sous la pression d’une demande croissante de solutions plus sobres.

Ce qu’il faut retenir

  • Le cercueil en carton est homologué en France depuis les arrêtés du 12 mai 1998 et du 4 janvier 1999.
  • Sa diffusion commerciale a été lente dans les années 2000-2010, freinée par des réticences du secteur traditionnel.
  • L’année 2016 marque une étape clé pour son usage en crémation, avec la publication de normes AFNOR dédiées.
  • La réforme de 2018-2021 a aligné les exigences réglementaires de tous les cercueils, quel que soit leur matériau.
  • Le marché reste minoritaire en 2026 mais en développement, dans un contexte de réflexion plus large sur les nouveaux modes de sépulture.

Questions fréquentes

Depuis quand peut-on se faire inhumer dans un cercueil en carton en France ?

Depuis l’homologation du matériau par les arrêtés de 1998 et 1999, sans restriction nationale particulière pour l’inhumation, sous réserve du respect des critères réglementaires en vigueur.

Pourquoi les pompes funèbres ont-elles longtemps refusé les cercueils en carton ?

Pour des raisons principalement commerciales (marges plus faibles que sur le bois) et par méconnaissance du produit, plutôt qu’en raison d’une interdiction légale, qui n’a jamais existé en tant que telle pour ce matériau homologué.

Le cercueil en carton est-il utilisé dans d’autres pays européens ?

Oui, plusieurs pays d’Europe du Nord, dont le Royaume-Uni, ont une tradition plus ancienne d’usage du cercueil en carton ou en matériaux écologiques comparables, avec des réglementations propres à chaque pays.